mardi 14 février 2017

La comptabilité en partie floue

Dans ce blog, vous l’avez compris, nous considérons que la comptabilité est essentielle à la qualité du système d’information de l’entreprise et par conséquent à la prise de décision de gestion. Toutefois, si nous parlons de la comptabilité générale (celle qui permet d’établir bilan et compte de résultat), il faut bien comprendre que l’information n’est pas à prendre systématiquement pour argent comptant. L’image renvoyée par la comptabilité n’est pas toujours aussi nette qu’on le souhaiterait, on peut même parler de flou. Voyons pourquoi :

Ce flou a en fait trois raisons principales qui sont les suivantes :

*  Les principes mêmes de la comptabilité : parmi ces principes, il y a notamment le principe du coût historique. Il signifie que les éléments sont enregistrés au bilan à leur coût d’acquisition, et restent dans la comptabilité à ce coût. S’il y a un risque de perte de valeur, une provision est passée pour tenir compte de ce risque, mais s’il y a une possibilité de gain, aucun enregistrement n’est fait. Ainsi, le bilan de l’entreprise, ne tient absolument pas compte des profits latents. Par exemple, un immeuble acheté il y a 20 ans pour 1 million, totalement amorti aujourd’hui, va présenter une valeur brute de 1 million (prix d’acquisition), un montant d’amortissement de 1 million et donc une valeur nette de zéro euro. Or ce bien continue à être utilisé par l’entreprise et en plus pourrait même avoir une valeur de revente de 2 millions. Vous voyez que le bilan, dans ce contexte, ne donne pas une image complètement exacte du patrimoine de l’entreprise. Un retraitement extra-comptable serait nécessaire si vous souhaitiez vendre l’entreprise à sa juste valeur. 

*  Les habillages de bilan qui peuvent être soit des opérations ponctuelles soit une approche long terme. Un exemple d’opération ponctuelle est la relance très active des clients en fin d’exercice pour diminuer ce poste et augmenter la trésorerie. Cette opération faite juste en fin d’année permet d’avoir un bilan plus élégant avec un besoin en fonds de roulement (BFR) plus faible et une trésorerie plus forte. Sauf que si cela est fait une seule fois par an, alors le bilan de fin d’année ne représente pas la réalité de la situation tout au long de l’année. Un exemple d’opération long terme consiste dans la mise en place d’un contrat d’affacturage déconsolidant. Dans les comptes consolidés, les créances cédées à la banque (le factor) vont disparaître de l’actif courant pour être repris en trésorerie. Amélioration du BFR ici encore, mais qui est uniquement dû au montage juridique mis en place. Dans les faits, il y a toujours des clients qui doivent de l’argent au factor et donc à l’entreprise. 

*  Les interprétations des normes comptables. Vous savez (voir les articles précédents) que la comptabilité respecte des normes. Selon les normes, la comptabilisation d’une opération ne sera pas faite de la même façon. De plus, les entreprises vont essayer d’interpréter les normes de la façon la plus avantageuse possible. Ainsi, avec les IFRS, les leasings sont retraités comme des immobilisations (ce qui n’est pas le cas dans les normes françaises). L’entreprise peut souhaiter contourner cela en faisant une location simple, sans option d’achat apparente, mais celle-ci peut néanmoins exister de façon détourner, en faisant intervenir par exemple une société tierce. 

Vous voyez donc que le bilan de l’entreprise est une source d’information importante, mais il est nécessaire de la prendre avec une certaine prudence, car elle ne reflète pas l’exacte réalité de l’entreprise. Ceci étant, elle constitue une excellente base de travail et permet notamment en interne, où toute l’information est disponible de pouvoir évaluer réellement sa situation patrimoniale.
 

 

Michel Pivot (14 février 2017)
DAF Evolution
 

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