mardi 7 avril 2015

Les contraintes du banquier

Nous avons tous tendance à taper sur notre banquier. Nous avons du mal à comprendre pourquoi il ne nous prête pas les quelques sous  (!) que nous lui demandons. Après tout, vu les résultats qu’ils font, cela devrait être facile. Eh bien non ! ce n’est pas si facile que cela. Mais pour pouvoir négocier avec un banquier, il faut comprendre quelles sont ces contraintes. Voyons de quoi il en retourne :

La banque c’est d’abord une entreprise comme une autre. Elle ne vend pas des vis ou du conseil. Elle, c’est de l’argent qu’elle prête. Comme toute entreprise, elle a une logique commerciale, avec une approche par marchés, par produits. Elle doit réaliser un chiffre d’affaires. Il doit augmenter d’année en année. Elle doit servir des dividendes à ses actionnaires. Elle est comme vous, comme moi, elle fait des affaires. Elle est donc ravie quand elle peut placer un produit. 

Toutefois, la banque a une particularité. Ce qu’elle vend, la plupart du temps elle ne le possède pas. L’argent qu’elle vous prête, pour l’essentiel, elle va aller le chercher sur les marchés. Cela signifie qu’elle doit absolument le rembourser à l’échéance. Si elle ne le fait pas, cela devient vit catastrophique. Elle risque la banqueroute et dans tous les cas elle perd du crédit. Cela signifie qu’elle aura beaucoup plus de mal pour se financer, et cela lui coûtera nettement plus cher. Le banquier a donc une obligation de prudence qui est totalement liée à son activité. 

Mais il faut aller plus loin. En 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers a plongé le monde bancaire international dans une crise profonde entraînant l’ensemble de l’économie mondiale dans la crise. Cette faillite provenait d’opérations douteuses sur le plan économique (les subprimes). Les banques américaines ont accepté de financer des crédits immobiliers à des clients non ou peu solvables, et ont revendu aux marchés financiers ces produits. Quand les clients n’ont plus pu rembourser, le jeu de dominos s’est mis en place. 

Cette crise a eu pour conséquence que les autorités financières mondiales ont revu les règles de fonctionnement des banques. Elles ont donc instauré une nouvelle norme : Bâle 3. Cette norme a pour conséquence d’obliger les banques à avoir plus de fonds propres en fonction du type et du risque de crédit qu’elles accordent. Cela veut dire que les banques ne peuvent plus prêter de la même façon qu’avant la crise. Tant mieux, si cela peut éviter une nouvelle crise des subprimes. Mais la conséquence c’est que les banquiers, qui étaient déjà par essence prudents, doivent maintenant l’être encore plus. Ils vont également privilégier des produits en face desquels ils peuvent avoir une sécurité supplémentaire. Ainsi, sur les crédits court terme, les banques vont limiter au maximum les découverts purs et simples. Elles vont favoriser l’affacturage, car dans ce cas, elle prête avec la facture client comme collatéral. 

Le banquier est donc un commerçant qui souhaite vendre, mais qui est limité à la fois par son besoin naturel de prudence, et par les normes internationales (Bâle 3). Votre rôle en tant que chef d’entreprise c’est de le rassurer, et de lui donner envie. 

 

 

Michel Pivot (7 avril 2015)
DAF Evolution
 

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